Face-à-face, téléphone ou Teams : pourquoi le face-à-face l’emporte.
Utilise le téléphone pour présélectionner et Teams quand tu n’as pas le choix, mais mise sur le face-à-face là où ça compte : la prise de brief chez un nouveau client, la rencontre avec un candidat solide et le moment avant l’offre. C’est là que tu gagnes une confiance et des informations qu’un écran ne te donne pas.
Gauthier Denis · 22 octobre 2026 · 7 min de lecture
Un nouveau client appelle : il cherche un chef de projet. « On se fait un petit Teams ? » Une demi-heure plus tard, tu as un poste à pourvoir. Mais tu n’as pas vu le terrain, tu ne sais pas comment le manager direct se comporte avec son équipe, et personne ne t’a dit pourquoi le chef de projet précédent est parti au bout de six mois.
En quelques années, Teams est devenu la norme, et c’est compréhensible : ça va vite et personne n’est coincé dans les bouchons. Ne soyons pas naïfs : tous les échanges n’ont pas besoin de se faire en face-à-face. Mais aux moments qui comptent, c’est celui qui est assis en face de son client et de son candidat qui l’emporte.
Ce que chaque canal fait bien
Le téléphone est ton outil le plus rapide. Tu qualifies un candidat, tu vérifies un détail avec un client ou tu fais le suivi d’un entretien, en quelques minutes. Mais tu ne vois rien : pas de visage, pas de terrain, pas de doute dans le regard de l’autre.
Teams, c’est l’entre-deux. On se voit, tu partages un CV ou un plan et personne ne doit se déplacer. Pratique pour un point rapide ou pour un candidat qui ne peut pas s’absenter en journée. Mais un écran limite l’attention, et souvent, la boîte mail de l’autre est ouverte juste à côté.
Le face-à-face prend le plus de temps, et c’est aussi ce qui apporte le plus. Tu vois le terrain, l’équipe et la façon dont quelqu’un réagit à une question difficile. Et tu construis une confiance qu’aucun écran ne te donne.
Pourquoi le face-à-face l’emporte
Les gens disent plus souvent oui. Des chercheurs des universités de Waterloo et de Cornell ont demandé à des participants de solliciter des inconnus pour remplir un court questionnaire, en face-à-face ou par mail. Le face-à-face a eu 34 fois plus de succès. Que tu demandes une exclusivité ou un deuxième entretien : en personne, dire non est plus difficile.
Tu en entends plus, et tu en vois plus. Une posture et un visage en disent plus long qu’une voix au téléphone. À table, un client te raconte ce qu’il n’écrirait jamais dans un mail, surtout après la partie officielle. Et sur le terrain, tu vois toi-même ce qui attend ton candidat.
Réfléchir ensemble marche mieux dans la même pièce. Une étude parue dans Nature a montré que des binômes en vidéo trouvent moins d’idées créatives que des binômes assis à la même table. Pour choisir entre des idées, la vidéo marchait tout aussi bien. Pour une prise de brief, où tu cherches avec le client ce dont il a vraiment besoin, tu choisis donc le face-à-face. Pour choisir entre deux candidats, Teams suffit.
Tu crées un lien. Un candidat que tu as rencontré en personne te lâche moins vite. Un client qui te connaît t’appelle en premier quand il a un nouveau poste.
Quand choisir le face-à-face
- La prise de brief chez un nouveau client. Sur place, de préférence avec le manager direct. Tu vois le terrain, les gens et l’ambiance, et c’est ce que tu vendras ensuite à tes candidats.
- La rencontre avec un candidat solide. Au bureau, ou dans un café près de son travail. Qualifier, tu le fais au téléphone, mais un candidat que tu présentes vraiment, tu veux l’avoir vu.
- Avant l’offre. Avec ton candidat, pour mettre ses doutes et une éventuelle contre-offre sur la table. Avec le client, pour mettre l’offre au point ensemble.
- Quand quelque chose tourne mal. Un candidat qui doute après une semaine ou un client mécontent, tu ne l’aides pas à travers un écran.
- Tes clients réguliers, quelques fois par an. Sans poste ouvert, juste pour savoir ce qui bouge. Comme ça, tu entends parler des postes avant qu’ils soient en ligne.
La méthode : comment décrocher le rendez-vous
Six étapes, de ta proposition au suivi.
01Propose un moment précis
Pas « On se voit un de ces jours ? », mais « Je suis dans le coin jeudi, 10 h, ça vous convient ? » À une proposition concrète, on dit plus facilement oui.
02Donne une raison qui compte pour lui
À un client : « Je veux voir le terrain, pour pouvoir expliquer à vos candidats comment ça se passe vraiment. » À un candidat : « Je ne présente que des gens que je connais. Comme ça, je peux aussi mieux vous vendre. »
03Reste bref
Une petite heure suffit, et tu le précises d’emblée. Quand on sait que ça ne prendra pas toute la matinée, on dit plus vite oui.
04Planifie intelligemment
Trois ou quatre rendez-vous dans le même coin, le même jour. Combine un client et un candidat de la région, et ton déplacement est tout de suite rentabilisé.
05S’il ne veut vraiment pas : Teams, caméra allumée
Mieux vaut Teams que le téléphone. Demande si le manager direct peut être présent, et plus tard, propose à nouveau de passer, par exemple quand tu es de toute façon dans le coin.
06Fais le suivi le jour même
Un mail court avec ce qui a été convenu et la prochaine étape. Comme ça, tout est noir sur blanc, et chacun sait ce qui suit.
Que dire si l’autre préfère ne pas se voir
« On ne peut pas le faire sur Teams ? »
« C’est possible, mais alors je ne vois pas le terrain. Une petite heure sur place, et j’en sais assez pour vous présenter les bonnes personnes. »
« Envoyez-moi d’abord vos conditions. »
« Avec plaisir, et je les apporte aussi. On les passera en revue ensemble, avec le reste. »
« Je ne vois pas l’intérêt d’un rendez-vous. »
« Faire correspondre un CV à un poste, tout le monde sait le faire. Pour ne vous présenter que les bonnes personnes, je dois savoir comment vous travaillez. »
Un candidat : « Je ne peux pas m’absenter en journée. »
« Alors on se voit avant votre travail, ou après 17 h. C’est moi qui me déplace. »
Un exemple
Imaginons : une entreprise de construction cherche un chef de chantier et veut faire un petit Teams. Tu proposes de passer jeudi, parce que tu as deux autres rendez-vous dans le coin. Sur place, tu rencontres l’équipe, et après le café, le gérant te raconte que le chef de chantier précédent est parti parce qu’il n’avait pas son mot à dire sur le planning.
Ça ne figurait dans aucune offre d’emploi. Tes candidats connaissent maintenant toute l’histoire, et ils savent pourquoi ce sera différent cette fois : le nouveau chef de chantier aura bien son mot à dire sur le planning. Et quand, à table, tu proposes de travailler le poste en exclusivité pendant quelques semaines, le gérant dit oui.
Check-list
- Tu qualifies au téléphone, puis tu choisis ton canal en connaissance de cause.
- Chaque nouveau client, tu le vois en face-à-face, de préférence avec le manager direct.
- Les candidats que tu présentes vraiment, tu les as vus.
- Avant une offre, tu es assis en face de ton candidat.
- Tu planifies trois ou quatre rendez-vous dans le même coin.
- Si quelqu’un ne veut vraiment pas, c’est Teams, caméra allumée.
Questions fréquentes
Teams n’est-il pas plus efficient ?
Pour un point rapide, si. Mais efficient ne veut pas dire efficace : ce qui te manque en informations et en confiance, tu le paies plus tard, avec des candidats qui décrochent et des clients qui appellent une autre agence.
Chaque candidat doit-il venir au bureau ?
Non. Qualifier, tu le fais au téléphone. Le face-à-face, c’est pour ceux que tu présentes vraiment, et ça peut aussi se faire dans un café près de leur travail.
À quelle fréquence rendre visite à un client régulier ?
Quelques fois par an, même sans poste ouvert. Comme ça, tu sais ce qui bouge, avant même que les postes soient en ligne.
Et si le client ne veut travailler qu’en ligne ?
Alors tu le respectes, et tu travailles sur Teams, caméra allumée. Saisis la première bonne occasion pour passer quand même, par exemple le premier jour de travail de ton candidat.
Sources
- University of Waterloo, A face-to-face request is 34 times more successful than an email (en anglais), juin 2017, sur l’étude de M. Roghanizad et V. Bohns dans le Journal of Experimental Social Psychology.
- M. Brucks et J. Levav, Virtual communication curbs creative idea generation (en anglais), Nature, 2022.